n819779693_1190984_2838Partout en ce moment on entend parler de bonheur, de bien être. C'est la mode. C'est la mode de dire que chacun a droit au bonheur. Que le travail doit être un lieu de vie agréable, alors que dans l'ensemble tout semble y être fait pour que justement non les gens ne s'y sentent pas bien. La crise, la pollution, le climat, la Terre qui décline, la vie à 100 à l'heure, à l'heure où l'on ne prend plus le temps d'observer, de réfléchir sur soi, sur les autres sur sa vie : un luxe. Que je m'offre et qui me coûte cher en réflexions de tous genres pessimistes le plus souvent donc engendrant pour moi du mal être. Alors que justement le bien-être et la capacité au bonheur vont bientôt être comptabilisés dans les chiffres de l'économie, c'est mal joué !
"Nous devons changer notre manière de vivre, de consommer, nos manières et habitudes sociales et politiques, c'est une révolution qui nous attend !!!" a dit l'autre jour le président de la République française qui possède plus d'employés qu'à la cour d'Angleterre, et dont le bien être est-il pris en compte ?
Rien ne rend heureux les gens à qui l'on impose ce que l'on appelle des sacrifices, des efforts, des obligations, des vexations, des privations qui génèrent des souffrances quotidiennes. Les guerres, les années noires du 20e siècle, les souvenirs impossibles des guerres et génocides que l'homme a créés pour l'homme sont pesants pour des générations. Claude Lanzmann (encore !) semblait interdit et incrédule à l'idée tout à coup neuve en son esprit que oui, le ciel pouvait être bleu et que les oiseaux continuaient à chanter et les gens à vivre insouciants, pendant que la Shoah poursuivait son terrible chemin destructeur…
L'acquisition du bonheur est longue, laborieuse. On se laisse happer par des habitudes et des besoins non vitaux et des envies d'artifices qui, croyons-nous, nous remplissent et tout à coup on se réveille avec une faim encore plus grande d'avoir, de posséder… L'Allemagne, on le sait, était la puissance industrielle la plus riche et, voulant devenir la plus grande nation prospère de l'Europe, cette rivalité constante des nations déboucha finalement sur des apocalypses.
Sans faire un retour sur l'histoire et les populations, les guerres et tout ce que l'on sait de l'évolution des hommes, il est nouveau de se poser cette question du bien être personnel et intérieur. Pourquoi sommes-nous moins heureux qu'avant ?
"Au moment où l'on essaie tous de s'arracher à la misère on est rattrapés par le démon des origines" dit Daniel Cohen, "on n'est jamais pacifié de l'intérieur […] ce qui compte c'est d'en avoir plus".
Alors que faire pour se faire du bien ? Prendre son temps ? Se détacher des choses matérielles ? Partir ? Où ? S'enfermer et lire enfin les livres qu'on n'a jamais lus ? Se débarrasser de l'argent ? Jeter sa télé ? S'embrasser ? Faire l'amour ? Reiser_avamieuxPeindre ? S'éclairer à la bougie et faire des veillées où l'on boirait du bon vin en chantant des chansons ? S'enchanter d'un rien, comme dans un haïku, d'une libellule ou d'un joli papillon ? Travailler moins pour gagner (un peu) plus ?
Dans mon cas (j'ai le temps !), je me pose des questions telles tous les jours (que Dieu ne fait pas), me sentant en sursis dans cette maison que j'habite depuis quinze ans. Mais il y a deux choses que je n'oublie jamais, écouter de la musique et rire.