buffetLa maison de mes grands-parents a longtemps été remplie. Dix personnes autour de la table tousmermoz les jours… Aux vacances, souvent de grandes tablées où l'on mangeait le kig ha farz (si vous me demandez je vous expliquerai ce que c'est et je vous raconterai une histoire). Au devant, une boutique-mercerie-librairie-laine-cartes postales, tenue par mon arrière-grande-tante (jeune femme à coiffe debout sur la photo ci-dessous), et qui faisait notre joie ! Jouer à la marchande était facile ! Avec des vrais sous et parfois de vrais clients.
Et près de la cour à l'arrière de la maison, l'atelier. Mon grand-père était menuisier. Un monsieur discret, humble et travailleur (surnommé Gepetto par mon copain Philippe qui, puni par son père, avait passé l'été de ses 14 ans à travailler à ses côtés [et qui avait supporté deux ugly-débiles du même âge [ma cousine et moi-même] le regardant en rigolant bêtement par la fenêtre]).
famille22Un homme, orphelin très tôt et cadet d'une famille de six enfants, qui avait appris à ne compter que sur lui-même. Puis à la tête, lui-même, d'une jolie famille de six enfants, il a créé sa petite entreprise. Un atelier de menuisier comme on n'en fait plus. Des machines au bruit infernal, un petit établi fabriqué, à leur taille, pour ses petits-fils ; un cheval de bois, un escalier modèle réduit, l'église du village en maquette et plein d'autres petites choses. Nous avions le droit de venir quand il n'était pas débordé. Nous venions aider, officiellement… Balayer la sciure, jouer avec les copeaux, taper au petit marteau sur de petits morceaux de bois avec des petites pointes en formes d'étoiles… et plaisir suprême avoir le droit de jouer dans les cercueils, qui étaient déjà garnis de petits oreillers mauves, en papier-tissu (ou ce sont mes souvenirs…). Des étagères pleines de boîtes remplies de pointes, charnières, poignées…
Mais, surtout, surtout, le regarder ; la cigarette au coin de la bouche, roulée avec du tabac gris, éteinte, rallumée, ré-éteinte et rallumée avec le briquet tempête… L'œil sûr, relevé de temps en temps au dessus des lunettes, p_p_sur un sourire bienveillant. Silencieusement, car quand il était occupé, il fallait être silencieux… « Dis pépé comment tu fais ci, comment tu fais ça ? »… Chhhh…tt…tt… Avec ses seize petits-enfants, il y avait de quoi faire. Oh pas tous ensemble bien sûr mais souvent une demi-douzaine autour de lui à le regarder travailler (sauf quand les machines tournaient !). Des bas-relief (portrait de Mermoz, l'aviateur, de Bretons…), des chaises, des meubles, des sculptures, des meubles bretons miniatures (bientôt un exemplaire en photo) que je ne me lassais pas de regarder… un petit théâtre de marionnettes, puis nos bureaux d'adolescentes faits sur commande ; le mien avec du matériel récupéré (hélas je ne l'ai plus). Dans son bureau, petite cabine en bois, à l'intérieur de l'atelier, fermé rabotavec une vieille porte de récup', nous n'avions pas le droit d'entrer…
Quand on a vidé l'atelier, mon oncle nous a distribué à chacun, enfants et petits-enfants, un rabot, pour se souvenir.
Odeur de bois, de graisse, de sciure fraîche, sol en terre battue, carreaux opaques et clarté subjective, cet atelier, s'il a disparu aujourd'hui, reste un pan cher à mon cœur d'enfant.