diogene1Quand j'étais petite il y avait toujours un ou deux clochards dans les villages. Des sans domicile qui dormaient dans les hangars ou qui avaient même une petite guérite aux limites de la ville. Des Diogène en quelque sorte. On m'avait lu cette histoire, enfant. 
Ces marginaux, en général des hommes étaient souvent sales et mal rasés et ignorés de la population ; allez un petit verre de rouge de temps en temps quand ils étaient tolérés dans le café local… Les gens en avaient un peu peur, mais menaçaient les enfants s'ils n'étaient pas sages de ces ogres de village.
Aujourd'hui, non seulement les ogres ont l'âge des enfants qu'ils mangeaient, mais ils ont souvent des petites filles aux allumettes derrière eux… Ils survivent dans des grandes villes et se cachent ou sont obligés de le faire. Une micro société en parallèle, ignorée de l'autre qui elle-même ne va pas très bien. Une société qui a faim, a froid ou trop chaud et se contente des reliquats. On ne les voit pas, ils ne voient que nous.n617847380_1091972_5777
Il y a déjà longtemps que notre société ne traite pas ses nouveaux pauvres. J'avais une amie qui avait un de ses frères et son neveu de 20 ans dans la rue. Nous avions alerté à l'époque les autorités de la ville par une manifestation pour arrêter ce fléau qu'étaient les feux de squatt. Beaucoup trop de jeunes, morts pour rien. La gendarmerie désaffectée avaient été réquisitionnée par les manifestants et les gens s'y étaient installés. Des jeunes, mais aussi beaucoup de vieux prématurés, malades et épuisés, la peau boursouflée, la démarche et la respiration hésitantes. Au chaud, le plus inquiétant des barbus vous regardait avec des yeux d'enfant. Des banderoles avaient été accrochées aux fenêtres. Les gens étaient heureux d'avoir accompli çà.
Ils ont été délogés dans les jours qui ont suivi par les forces de l'ordre et les fenêtres ont été murées. C'était en 1997…  Aujourd'hui ? Des "sans" nouveaux sont venus s'en mêler et grossir les troupes.

Liberté, égalité, fraternité.